Si les principes de base de la finance islamique semblent définitivement établis, l’innovation financière islamique existe et demeure en pleine évolution. Elle constitue un véritable creuset pour des initiatives originales répondant aux besoins exprimés par la société. En effet l’ingénierie financière islamique n’est qu’à ses débuts notamment comme instrument de lutte contre l’exclusion sociale, la pauvreté et les déséquilibres régionaux surtout dans des pays arabes comme la Tunisie qui vit aujourd’hui des mutations sociales et politiques importantes. L’offre des produits financiers islamiques s’est généralement limitée à la re-conception des produits conventionnels pour répondre aux exigences des lois contractuelles et commerciales islamiques. Une vision approfondie de la conformité de la Chari’a demeure nécessaire afin de débattre et de proposer une nouvelle génération de produits financiers islamiques qui visent un développement véritable et durable où l’Homme, l’éthique, la rentabilité, la performance économique et l’environnement seraient au centre des préoccupations. Certes, les aspirations sont plus grandes ; mais seule une ingénierie financière pertinente, cohérente et performante, voire moderne et créative, puisant dans l’immensité du Fikh Al Mouamalet, dans un esprit chariatique épanoui, novateur et indépendant, serait de même à faire sortir cette jeune industrie du sentier battu des produits réplicatifs « Shari’a Compliant » vers de nouveaux instruments propres « Shari’a Based ». Toutefois, vu la carence manifeste en capital humain qualifié et à double compétence financière et chariatique (Fiqh Al-Mouamalat et Ousoul Al-Fikh), la recherche en ingénierie financière islamique industrieuses reste très timide, elle butte fréquemment sur le faible cadrage financier des Scholars, eux-mêmes freinés dans leur élan par la faible actualisation du Fikh Al Mouamalet. Des efforts ont récemment été accomplis dans des pays tels que la Malaisie, l’Egypte et Bahreïn en vue de traiter cette question ainsi que l’ambiguïté issue des différentes interprétations de la Chari’a. Ces questions devraient s’estomper dans un avenir proche grâce aux progrès réalisés par les organismes de supervision tels que l’Islamic Financial Services Board (IFSB), l’International Islamic Financial Market (IIFM), l’Accounting and Auditing Organization of Islamic Finance Institutions (AAOIFI), et bien d’autres encore. Enfin l’ingénierie financière islamique aura besoin aujourd’hui de construire un « business model », fiable, moderne, complet et global. Le Forum International de Sfax sur la Finance Islamique vient, à point nommé, s’inscrire dans cette logique de réflexion et offrir une opportunité/continuité pour les chercheurs, les experts et les professionnels en la matière de faire converger les avancées récentes sur l’industrie financière islamique, d’étudier l’existant des problématiques qui restent à lever, mais aussi de permettre le développement des relations interuniversitaires existantes et favoriser la collaboration entre les différents laboratoires concernés par la recherche en ingénierie financière selon la référence islamique.